• Jean-Baptiste Chauvin

Impro: à fond la forme!


Il ne se passe pas une semaine sans que passe sur Facebook, ou ailleurs, la promotion d'un nouveau concept impro qui vante une forme inédite, une thématique jamais utilisée, un cadre génial qui va vous transporter si loin que vous n'en reviendrez pas...

Mais au fond... La forme, à quoi ça sert ? Et surtout, la forme... Est ce que ça sert le fond ?

Vaste question dans un monde improvisé où les questions de fond passent souvent au second plan.

Si je repars du match (on ne se refait pas !), la forme c'est du sport, reprenant les règles du hockey sur glace, mais le fond, c'est quoi..? Au final, Garvel a voulu une forme expérimentale, dans laquelle les comédiens pourraient expérimenter l'art théâtral d'improviser. Quand on regarde les premiers matchs (il y a quelques archives savoureuses) le jeu ne ressemble en rien à celui qu'on peut voir aujourd'hui. On voyait des comédiens explorer leur imaginaire avec autant de sincérité que de maladresse, qui nous renvoyaient au final à une profonde humanité à travers un acte théâtral complètement investi. Quand on me dit: "Moi, je n'aime pas le match car le jeu est trop compétitif" je me dis que la forme a pris le pas sur le fond. Et dans les faits, c'est vrai.

Les mauvaises langues argueront avec un air narquois que c'est bien là le défaut du match. À ceux là, je leur répondrais (après leur avoir claqué le haut du crâne, ces malotrus), que c'est le défaut de toutes les formes, tous les concepts, de toutes les idées fabuleuses de nouveau spectacle d'impro.

L'argument premier, c'est d'inviter le spectateur à venir voir des improvisateurs se mettre au défi de créer des histoires en direct. Mais quelles histoires vont-ils voir, à quels personnages peuvent-ils s'accrocher pour se motiver à venir ? A de rares exceptions près, aucune. Alors on se raccroche aux comédiens, ou à la forme.

Alors pour nuancer mon propos, on peut noter l'émergence, depuis assez peu de temps, de formes annonçant un propos, une orientation de fond. Parfois par l'évidence du sujet (Les relations amoureuses, la psychologie..) ou par les relations humaines que ne manquera pas de susciter la forme (Les parvenus, le Banquet, Suburbia ...). Mais le plus souvent, nous avons une promesse de forme, mais pas de promesse de fond.

Alors, est-ce à dire que les spectacles d'impro n'ont pas de fond? Je ne vois pas assez de spectacles dans le flot permanent des innovations pour affirmer cela, mais souvent, je suis attristé par le manque de fond.

Alors, quelle en est la cause. L'histoire sans doute, et le développement majoritairement amateur de l'impro. Pour autant, et c'est aussi vrai pour les amateurs, nous oublions trop souvent que nous sommes des auteurs, et que en tant qu'auteurs, nous parlons du monde dans lequel nous vivons, et nous pouvons faire de grandes choses de ce pouvoir pour être bien plus que des rigolos de service. Pas forcément en revêtant nos impros de messages fondamentaux ou de diatribes militantes, mais juste en cherchant à parsemer nos histoires de petits points d'interrogations qui permettront au spectateur de prolonger son expérience théâtrale en sortant.

Remémorons nous les histoires qui nous ont marquées, y compris celles de la vraie vie. C'est parce quelles animent notre conscience, qu'elles questionnent notre propre existence, qu'elles ont une vertu émancipatrice, et qu'elles nous permettent de grandir. Proposer cela au public est bien plus ambitieux que de simplement chercher à le faire rire (ce qui n'interdit pas l'humour, bien au contraire). Comme je l'avais écrit dans un précédent post (Impro et théâtralité), reprenant les propos de Bernard Stiegler, le divertissement fait oublier à l'homme sa condition, alors que le théâtre doit questionner celui-ci sur sa condition. Ayons l'ambition de faire du théâtre, notamment pour claquer le beignet à tous ceux qui affirment le contraire: "L'impro??? Mais c'est pas du théâtre!"

Et n'oublions pas que la forme n'est que la boite dans laquelle nous offrons notre propos, et que si la boite est vide, on aura juste donner l'illusion de faire un cadeau. Illusion parfois distractive, mais définitivement vide.

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