• Jean-Baptiste Chauvin

La gagne en impro


Le match d'improvisation a très souvent été fustigé, critiqué, dénigré, pour son coté compétitif et cet esprit de gagne qui animerait certains joueurs. Le fait que cette forme soit inspirée du sport et qu'elle joue clairement la carte du sport effraie beaucoup. Mais qu'est ce que cela veut dire que gagner en impro?

Il y a donc des joueurs qui jouent le point, et qui utilisent pour cela des armes fort peu collaboratives: cabotinage, recherche du rire par la facilité, présence écrasante... Ça existe en match effectivement, mais il y a en principe un arbitre qui est là pour sanctionner de tels comportements. D'ailleurs ce genre de jeu n'est pas l'exclusivité du match. On peut voir en cabaret, alors qu'il n'y a pas d'enjeu de score, des joueurs tout aussi insupportables. Et là, pas d'arbitre pour les sortir. Alors le match d'impro favorise-t-il vraiment ce genre de comportements?

Le match, parce qu'il s'inspire du sport, nous enseigne autre chose sur la gagne. Si on écoute les sportifs, à l'issue de leur effort, que ce soit un marathon, un match de rugby ou de tennis, aucun ne s'épanchera sur la performance de l'autre, si ce n'est pour reconnaitre ses vertus, ou la qualité de son jeu. Par contre, le sportif parlera de sa performance à lui, en bien ou en mal, et analysera avant tout son jeu. Le sportif qui veut gagner doit avant tout se dépasser lui. Dépasser l'autre ne se comprend que par le dépassement de soi. Et dans un sport collectif de la même manière. Aucun joueur d'équipe ne critiquera son équipe en s'excluant.

De plus, le grand sportif ne peut être grand que si sa qualité première est de savoir perdre. Non pas en se satisfaisant de sa défaite, mais en tirant de son expérience les moyens de parfaire son talent pour mieux se dépasser. Si le sportif veut s'améliorer, il doit savoir perdre.

Peut-être qu'un des problèmes du match d'impro c'est que les joueurs ne savent pas perdre, et condamner le joueur qui gagne c'est s'abstenir de se demander comment s'améliorer.

Contrairement à ce qu'on pense, en match, la compétition n'est pas feinte. Robert Gravel était un amoureux de sport et voyait pour le match d'impro les vertus positives du sport. Cela n'est pas le cas d'autres formats comme le catch impro, où là on se fout clairement du score, ou de Micetro, le concept de Keith Johnstone, où (si j'ai bien compris car je n'ai pas pratiqué) on apprend l'échec.

Donc la gagne en impro, c'est bien une vertu. Mais à condition de la voir par le prisme du sport au sens le plus noble qui est de se surpasser.

Mais d'aucuns me diront qu'il y a une contradiction entre la gagne et l'esprit du "oui, et" qui n'est pas présent dans le sport. Ça parait logique, et pourtant. Le match d'impro n'est pas un jeu compétitif, c'est un jeu concurrentiel, parce qu'il se joue à trois bandes: les deux équipes et le public. C'est le public qui détermine le score, ce qui n'est pas le cas dans un match de foot. En match d'impro, je dois jouer avec l'autre, et le public déterminera lequel des deux a le mieux joué... avec l'autre. Le parti est certes osé, et le spectateur est parfois perplexe au moment de voter. Mais lui donner ce pouvoir c'est aussi le contraindre à l'intelligence, et à l'analyse du jeu. Et si il se fait avoir par le cabotinage de l'un, il apprendra aussi à voir l'esprit de construction de l'autre.

Alors peut-on construire de belles impro en voulant gagner? Je pense que oui, si la gagne anime la quête de perfection, et si les deux joueurs jouent dans cet esprit, le grand gagnant sera le spectateur.

Pour finir, je vous laisse avec cette phrase merveilleuse de Nelson Mandela, qui pourrait être la devise de chaque improvisateur: "Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j'apprends."

#communication #improvisateur #improforma #pedagogie

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