• Jean-Baptiste Chauvin

De la complicité à la complaisance


En atelier, le formateur a avec lui en alternance des joueurs et des spectateurs. Le joueur est d'ailleurs la plupart du temps spectateur. Spectateur actif, car participant aux retours, mais spectateur.

On a tout intérêt en tant que formateur à favoriser la bonne ambiance, la confiance entre les joueurs. De la confiance collective à la complicité, il y a souvent peu, et c'est sans doute tant mieux. Bon nombre de groupes d'impro ont une vie en dehors du temps d'atelier: on boit des coups, on se fait des soirées, des sorties, on part en week-end ensemble, on se fréquente, les couples se forment, puis des mariages et des enfants. Les exemples d'unions par l'impro ne sont pas si rares.

Bon, mais soyons clairs, là n'est pas le but de nos ateliers. Pourtant il faut se rendre compte que cette pratique, de par ce qu'elle développe, de par l'investissement passionné qu'elle suscite souvent, créé des liens si forts entre les participants qu'elle génère des cohésions de groupes parfois fusionnelles.

Cette complicité peut devenir un danger. Non pas pour le groupe, car humainement ce qui se joue est d'une richesse incroyable, mais pour le jeu.

Je me suis souvent confronter à cette particularité des groupes d'impro, en atelier. L'idée de complicité prend le pas sur la recherche, le travail. Le joueur ne joue pas pour s'améliorer mais pour animer cette complicité auprès de ses comparses spectateurs: private jokes, allusions, déconnades, décrochages... De fait le spectateur rentre dans son jeu, rit de tout cela, du joueur en difficulté.

"Ha ben si on peut plus s'amuser". Si bien sûr, l'amusement et la ludicité de l'impro sont des moteurs fondamentaux. Mais le jeu complice, peut devenir du jeu complaisant, c'est à dire sans exigence artistique, notamment vis à vis du spectateur, celui qui vient voir nos spectacles. C'est du jeu entre-soi qui empêche de progresser.

Ce n'est peut-être pas un problème très grave, mais cela doit nous questionner, nous formateurs, dans notre positionnement, notre exigence et nos objectifs. La complicité en impro, ce n'est sûrement pas un gros mot, mais l'exigence n'en est pas un non plus et notre but est - en principe - d'amener des joueurs de niveaux variés, donc y compris des débutants, à se produire sur scène. Par conséquent, les pousser à progresser, fussent-ils amateurs et là pour se faire plaisir, n'est pas un objectif absurde. Et la complicité ne doit pas être un frein mais un moteur créatif. Cela n'est possible que si on préserve dans nos ateliers le regard critique et bienveillant qui pousse vers haut.

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