• Jean Baptiste Chauvin

Oui mais là, non!


Première année, premier atelier, ce qu'on explique à nos futurs joueurs c'est de dire oui. Accepter les propositions, ne pas refuser, écouter...

Puis après vient la nuance du "oui et", j'accepte et je propose.

Bon, très bien, mais qui dit oui? Et c'est là que commence à s'installer la confusion.

On oublie souvent de dissocier chez l'improvisateur l'auteur et l'acteur. Quand il est en situation de jeu, le joueur doit combiner plusieurs choses. Il doit construire une histoire en mettant en place une dramaturgie, en construisant un personnage, tout en intégrant les propositions de l'autre joueur qui lui aussi doit construire une histoire en mettant en place une dramaturgie, etc. Le joueur est ici auteur et oui, il doit dire oui, accepter les pistes possibles d'exploitation des idées, et les transformer en actions.

Mais le joueur est aussi acteur et de ce fait il incarne un personnage. Et le personnage a de nombreux intérêts à dire non. Mais dire non, ce n'est pas partir en sens inverse, ce n'est pas refuser de s'impliquer dans l'histoire. Dire non pour un personnage c'est rentrer dans le conflit, le conflit dramaturgique, c'est accepter les tensions qui vont mettre le personnage en déséquilibre.

Si par exemple on vient proposer à mon personnage de sauver une jeune femme coincée en haut d'une tour en feu, si il dit oui tout de suite, c'est beaucoup moins intéressant que si de bonnes raisons le contraignent à ne pas y aller. L'auteur sait qu'il ira, mais le personnage cherche à ne pas y aller. C'est le conflit interne cher au scénariste. Du coup, dans le jeu, le personnage commencera par dire non.

En formation, avec des joueurs débutants à qui on a gentiment appris à dire oui, on est souvent face à des personnages creux, suiveurs, car les joueurs sont trop polis, et s'interdisent de rentrer dans le conflit. De fait ils ont du mal à dissocier l'auteur de l'acteur.

De plus on brandit la menace de la "rudesse excessive": accepter, toujours accepter et ne rien imposer. Mais à force de ne rien imposer, on risque de ne rien proposer. Oui, je peux donner des biscuits au personnage d'en face, pour créer du conflit. De même que je dois accepter d'être mis en déséquilibre par le personnage d'en face.

Donc oui, je peux dire non, pour donner de la matière à l'action.

#impro #pedagogie

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